Sur une pièce mécanique, un trou taraudé porte la tenue d’un assemblage entier : bride, carter, platine de fixation, bâti de machine. Sa qualité se joue avant même que le taraud n’entre en matière. Un pré-perçage trop large donne un filet peu profond qui s’arrache au serrage. Un pré-perçage trop serré fait casser le taraud, souvent en fond de trou, sur une pièce presque terminée.
Entre les deux, il y a des règles de calcul, des choix d’outils et des méthodes d’usinage qui conditionnent la résistance du filetage. Voici les repères techniques à connaître, vus depuis un atelier d’usinage de précision.
Percer puis tarauder : deux opérations pour un filetage intérieur
Le perçage crée un trou cylindrique dans la matière à l’aide d’un foret. Le taraudage vient ensuite tailler ou former, dans la paroi de ce trou, un filet hélicoïdal destiné à recevoir une vis ou un goujon. Les deux opérations sont indissociables : le diamètre percé fixe la hauteur de filet disponible, donc la résistance de l’assemblage.
Trois notions structurent toute la suite. Le diamètre nominal désigne le diamètre du filetage, soit 8 mm pour un M8 : c’est la référence commune à la vis et au taraudage. Le pas correspond à la distance entre deux sommets de filet. Le filetage métrique ISO distingue le pas gros, standard, et le pas fin, plus résistant aux vibrations et au desserrage. Le diamètre de pré-perçage, enfin, est inférieur au diamètre nominal pour laisser la matière nécessaire à la formation du filet.
En production, ces trous sont réalisés sur machine-outil, sur un centre de fraisage ou sur un tour selon la géométrie de la pièce. Le perçage et le taraudage s’enchaînent alors dans le même programme, sans reprise, ce qui garantit l’alignement de l’axe du filet avec celui du trou. Dans un atelier de sous-traitance, ces opérations s’intègrent à une offre d’usinage de précision plus large, aux côtés du fraisage, du tournage et de l’assemblage.
Quel diamètre percer avant de tarauder ? Formule et tableau M3 à M24
La règle de calcul
Pour un taraudage par coupe en filetage métrique, le diamètre de pré-perçage s’obtient simplement : diamètre nominal – pas. Un M8 en pas gros (1,25 mm) se perce ainsi à 6,8 mm, tandis qu’un M8 × 1 en pas fin se perce à 7 mm et un M12 × 1,5 à 10,5 mm.
Cette formule donne un filet d’environ 75 % de hauteur théorique, le compromis retenu par les normes entre résistance et effort de coupe. Viser 100 % de hauteur n’apporte qu’un gain marginal de tenue, pour un couple de taraudage bien plus élevé et un risque de casse accru.
Tableau des diamètres de pré-perçage en filetage métrique ISO
| Filetage | Pas gros (mm) | Diamètre de perçage (mm) |
|---|---|---|
| M3 | 0,5 | 2,5 |
| M4 | 0,7 | 3,3 |
| M5 | 0,8 | 4,2 |
| M6 | 1 | 5 |
| M8 | 1,25 | 6,8 |
| M10 | 1,5 | 8,5 |
| M12 | 1,75 | 10,2 |
| M14 | 2 | 12 |
| M16 | 2 | 14 |
| M18 | 2,5 | 15,5 |
| M20 | 2,5 | 17,5 |
| M22 | 2,5 | 19,5 |
| M24 | 3 | 21 |
Ces valeurs concernent le taraudage par coupe. Le taraudage par déformation, abordé plus bas, suit une autre règle.
Ajuster le pré-perçage selon la matière
Le diamètre théorique est un point de départ, que la matière oblige parfois à corriger :
- Aciers de construction : la valeur du tableau s’applique directement. Sur les aciers traités à haute résistance, un pré-perçage légèrement majoré limite l’effort sur le taraud, sans perte de tenue significative.
- Inox : les nuances austénitiques s’écrouissent au contact d’un outil qui frotte. Le perçage doit se faire en coupe franche, avec un foret affûté et une lubrification abondante, faute de quoi le taraud attaque une paroi durcie.
- Aluminium et alliages légers : la matière tendre tend à coller sur l’arête de coupe. Le filet y est aussi moins résistant, ce qui impose une longueur de prise plus importante, notamment sur des profilés aluminium à parois fines.
- Plastiques techniques (POM, PA6, PTFE) : le retour élastique de la matière resserre le filet après passage de l’outil. Un pré-perçage légèrement supérieur est souvent retenu.
Le taraudage s’anticipe donc dès le choix de la matière de la pièce, au même titre que l’usinabilité ou le traitement de surface.
Trou borgne ou débouchant : quelle profondeur ?
Un trou débouchant traverse la pièce : les copeaux s’évacuent vers le bas et le taraud peut filetter sur toute l’épaisseur. Un trou borgne s’arrête dans la matière, ce qui impose de raisonner sur trois profondeurs distinctes.
La profondeur utile de filetage, ou longueur de prise, dépend de la matière dans laquelle la vis travaille. À titre indicatif, on retient couramment de l’ordre de 1 × d dans l’acier, 1,5 × d dans la fonte et 2 × d dans l’aluminium, d étant le diamètre nominal. Au-delà, les premiers filets reprennent l’essentiel de la charge et le gain de tenue devient faible.
La profondeur de taraudage ajoute à la profondeur utile les filets incomplets formés par le cône d’entrée du taraud, généralement deux à trois pas selon la forme de l’outil.
La profondeur de perçage doit enfin dépasser la profondeur taraudée pour loger la pointe du foret et les copeaux résiduels. Rogner cette marge est l’une des premières causes de casse en fond de trou borgne.
Le choix du taraud suit la même logique d’évacuation des copeaux. Le taraud à entrée hélicoïdale pousse les copeaux vers l’avant, ce qui le réserve aux trous débouchants. Celui à goujures hélicoïdales les remonte au contraire vers l’entrée du trou : c’est la solution de référence en trou borgne. Le taraud à goujures droites reste, lui, adapté aux matières à copeaux courts comme la fonte ou le laiton.
Tarauder sur machine CNC : coupe, déformation ou fraisage de filets
Le taraudage par coupe, méthode de référence
Le taraud enlève de la matière pour former le filet, comme un outil de coupe classique. Sur un centre d’usinage moderne, le taraudage rigide synchronise la rotation de la broche et l’avance de l’axe : le taraud progresse exactement d’un pas par tour, sans porte-taraud compensateur. C’est la méthode la plus polyvalente, compatible avec la quasi-totalité des matières.
Le taraudage par déformation
Le taraud à refouler ne coupe pas : il repousse la matière pour former le filet. Aucun copeau n’est produit, ce qui supprime le risque de bourrage en trou borgne. Le fibrage de la matière n’étant pas interrompu, le filet obtenu présente en outre une bonne résistance mécanique.
Cette méthode demande un pré-perçage plus grand qu’en coupe, de l’ordre de diamètre nominal – pas/2, soit environ 7,4 mm pour un M8. La valeur exacte est donnée par le fabricant de l’outil. Elle est réservée aux matières ductiles comme l’aluminium, les aciers doux ou le cuivre, et exclut les matières fragiles comme la fonte.
Le fraisage de filets par interpolation hélicoïdale
Une fraise à fileter décrit une trajectoire hélicoïdale dans le trou et génère le filet par interpolation des axes. Cette méthode, qui mobilise pleinement les capacités du fraisage 3 et 5 axes, présente plusieurs atouts. Une même fraise couvre plusieurs diamètres de même pas, et le diamètre du filet s’ajuste par simple correction d’outil. L’effort de coupe réduit convient aux parois minces, et une éventuelle casse laisse un fragment facile à extraire.
Le fraisage de filets est particulièrement indiqué sur les grands diamètres, les matières dures et les pièces à forte valeur ajoutée, sur lesquelles un taraud cassé compromettrait des heures d’usinage.
Les défauts de taraudage et leurs causes
La plupart des non-conformités sur les trous taraudés remontent à un petit nombre de causes identifiables :
- Taraud cassé : pré-perçage sous-dimensionné, copeaux bloqués en fond de trou borgne, désalignement entre l’axe du trou et celui du taraud, ou outil usé. Sur une pièce presque finie, l’extraction du fragment peut coûter plus cher que la pièce elle-même.
- Filet arraché au serrage : pré-perçage trop large, qui donne une hauteur de filet insuffisante, ou longueur de prise sous-estimée pour la matière, fréquente dans l’aluminium.
- Filetage hors tolérance : taraud inadapté à la matière, usure progressive en série, synchronisation défaillante entre rotation et avance, ou matière écrouie par un perçage mal conduit.
- Filet arraché ou déchiré en surface : lubrification insuffisante ou vitesse de coupe inadaptée, particulièrement sur l’inox et les alliages d’aluminium.
La prévention passe par des paramètres de coupe maîtrisés, un suivi de l’usure des tarauds en production série et un contrôle systématique des filetages.
Comment contrôler un taraudage ?
Un filetage intérieur métrique se spécifie par une classe de tolérance. La classe 6H constitue le standard pour les taraudages de qualité moyenne et s’applique par défaut lorsque le plan ne précise rien d’autre.
Le contrôle s’effectue au tampon fileté double. Le côté « entre » doit se visser sur toute la profondeur utile : il vérifie que le filet n’est pas trop serré et que la longueur taraudée est suffisante. Le côté « n’entre pas » ne doit pas dépasser deux tours environ, ce qui confirme que le filet n’est pas trop large.
Ce contrôle fonctionnel complète les vérifications dimensionnelles de la pièce : position du trou, perpendicularité de l’axe, profondeur. Il s’inscrit dans une démarche de métrologie qui garantit que chaque taraudage assurera sa fonction une fois la pièce montée.
Spécifier un taraudage sur plan
Un taraudage mal spécifié ouvre la porte aux interprétations, et donc aux écarts. Pour un bureau des méthodes ou un acheteur industriel, quelques informations suffisent à sécuriser la sous-traitance :
- La désignation complète : M8 × 1,25 – 6H, ou M8 – 6H en pas gros. Le pas fin doit toujours être indiqué explicitement.
- La profondeur utile de filetage, distincte de la profondeur de perçage en trou borgne.
- Le chanfrein d’entrée, qui protège le premier filet et facilite l’engagement de la vis.
- Le traitement de surface éventuel : une anodisation ou un revêtement ajoute de l’épaisseur dans le filet. Le plan doit préciser si la tolérance s’applique avant ou après traitement.
- Les filets rapportés, lorsqu’un filetage doit résister à des montages et démontages répétés dans une matière tendre.
Ces choix gagnent à être arrêtés dès la phase de prototypage, avant que la pièce ne passe en série. Ils sont d’autant plus structurants que les taraudages conditionnent le montage final : sur un sous-ensemble mécanique, chaque trou fileté est un point de fixation.
Fraisepers : perçage, taraudage et usinage de précision à Valence
Implanté à Genas depuis 1969, Fraisepers usine des pièces de machines spéciales et des composants techniques pour des industriels exigeants, du prototype aux petites et moyennes séries. Perçage et taraudage s’intègrent à des gammes d’usinage complètes, réalisées en fraisage 3 et 5 axes et en tournage, avec un contrôle qualité d’une précision inférieure à 5 microns.
À une heure de l’atelier par l’A7, le bassin valentinois concentre une industrie diversifiée : mécanique de précision, équipementiers aéronautiques, sous-traitants de la filière nucléaire entre Cruas et le Tricastin, agroalimentaire drômois et ardéchois, entreprises installées autour du parc d’activités de Rovaltain. Ces secteurs ont en commun des pièces où chaque taraudage doit tenir sa cote et sa fonction. Nous les accompagnons sur l’ensemble de la chaîne : lecture du plan, choix des méthodes d’usinage, contrôle des filetages.
Le parc machines de l’atelier accepte des pièces jusqu’à 1 000 × 700 mm en fraisage 3 axes et jusqu’à Ø 350 mm en tournage, dans les aciers, l’inox, l’aluminium, les alliages cuivreux et les plastiques techniques.
Des pièces à percer, tarauder ou usiner pour votre site de Valence ou de la Drôme ?
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FAQ – Les questions fréquentes
Quelle différence entre taraudage et filetage ?
Le taraudage désigne la réalisation d’un filet intérieur, dans un trou. Le filetage désigne, au sens strict, la réalisation d’un filet extérieur, sur un axe ou une vis. Dans l’usage courant, « filetage » sert souvent de terme générique pour les deux.
Quel diamètre de perçage pour un taraudage M6, M8 ou M10 ?
En pas gros et en taraudage par coupe, il faut percer à 5 mm pour un M6, 6,8 mm pour un M8 et 8,5 mm pour un M10. La règle générale est : diamètre nominal – pas.
Peut-on tarauder sans pré-perçage ?
Un taraudage classique exige toujours un trou préalable. Les forets taraudeurs combinent perçage et taraudage en un seul outil, mais ils restent réservés aux faibles épaisseurs et aux interventions ponctuelles. En production, le perçage et le taraudage sont réalisés par des outils distincts pour maîtriser chaque cote.
Faut-il lubrifier pour tarauder de l’aluminium ou de l’inox ?
Oui. Sur l’aluminium, la lubrification limite le collage de matière sur l’outil. Sur l’inox, elle réduit l’échauffement et l’écrouissage de la paroi. Dans les deux cas, elle prolonge la durée de vie du taraud et améliore l’état de surface du filet.
Quand faut-il un alésage plutôt qu’un simple perçage ?
Le perçage suffit pour un trou destiné à être taraudé ou pour un simple passage de vis. Lorsque le trou doit recevoir un axe, une bague ou un roulement avec un ajustement précis, il faut passer par l’alésage, qui garantit le diamètre, la cylindricité et l’état de surface requis.